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Le rework : le comprendre et le traiter

26 janvier 2026 par
Jonathan Coll

Beaucoup d'entre nous ont déjà vécu cette situation stressante lors de la présentation d'un rendu à des clients (internes ou externes). Malgré une bonne préparation, la présentation d'un livrable qui se solde par un refus est toujours un moment frustrant. Un climat de tension s'installe car un cycle de correction doit être engagé au plus vite pour minimiser l'impact. Le rework, ou le fait de retravailler une solution pour la rendre conforme aux exigences, indique que les processus ne sécurisent pas la valeur en amont. Ses conséquences sont lourdes dès lors qu'il n'est plus sporadique mais systématique.

Les conséquences sur l'activité

Un débit réduit

Un dossier qui revient en arrière, un bug ou une pièce défectueuse découverts tardivement génèrent un rework qui agit comme une dette opérationnelle. En remobilisant des ressources pour corriger ces livrables, la capacité de l'équipe est fortement pénalisée : des activités parallèles sont mises en pause et un goulot d'étranglement apparaît. Ce coût ne se limite pas à un blocage technique ; il fragilise l'ensemble de la promesse client et la confiance que celui-ci à en l'organisation.

Des opportunités manquées

Chaque itération non prévue érode aussi la capacité résiduelle des équipes et crée un effet de bord : le retard d'un projet sature la structure et impacte la possibilité non seulement d'engager des projets futurs mais aussi d'innover. Des tâches de rattrapage répétitives et systématiques transforment une entreprise en une machine consommatrice d'énergie pour corriger ses propres erreurs plutôt qu'apporter de la valeur.

Des équipes fatiguées

Le rework agit enfin comme un puissant facteur de désengagement. Pour les équipes, l'impression de « travailler mal » et de « travailler en réaction » en permanence alourdit considérablement la charge mentale avec un impact néfaste et, pour certains cas irréversible, sur la santé. À terme, cette répétition de tâches de rattrapage affaiblit aussi la confiance entre les départements, crée de la tension et peut mener à une hausse du turnover, emportant avec elle un savoir-faire précieux.

Les principales causes

Ce que je remarque souvent comme principales failles menant à ces situations n'est pas forcément lié aux individus eux mêmes, mais plutôt au cadre dans lequel ils évoluent.

Le défaut d'objectifs et de langage clairs

Il constitue l'un des premiers facteurs de défaillance. Des cahiers des charges et des planifications flous, non validés ou mal revus, augmentent les probabilités de divergence entre l'attente et la livraison. Lorsque s'y ajoutent des équipes multimétiers aux jargons spécifiques et une communication inadaptée avec les parties prenantes, le risque de rework s'accentue naturellement.

L'absence de processus définis

Sans cartographie des flux et des interactions au sein de la chaîne de valeur, les équipes naviguent à vue. L'information se perd alors au fil d'échanges fébriles, à l'image d'un témoin de course de relais que l'on laisserait tomber par manque de coordination. Disposer de flux mal définis et non documentés revient à avoir des zones de transmission improvisées, non dimensionnées à la vitesse et à la capacité des équipes. Ce désordre organisationnel (un vrai problème d'interopérabilité) favorise aussi des interactions redondantes, inefficaces et contradictoires qui ne font que renforcer le risque de cycles correctifs chroniques.

Le manque de garde-fous

Enfin, l'absence de rôles spécifiques et d'instances formelles de concertation, revue et validation à des étapes clés augmente le risque de découverte tardive de non-conformité. Si l'erreur n'est détectée qu'à la livraison finale, c'est en général parce que les points de contrôle sont inexistants, insuffisants ou inefficaces.

Leviers d'action

Dès lors que l'humain est impliqué, il devient nécessaire d'organiser et formaliser ses interactions pour ne plus subir des situations répétées d'urgence. Voici quelques leviers pour minimiser le rework et contenir ses impacts :

  • Sécuriser les zones de transmission : En définissant clairement les interfaces et en embarquant les bons rôles au bon moment, la coordination et l'interopérabilité sont facilitées et sécurisées.
  • Formaliser des contrôles intermédiaires : L'ajout de jalons d'inspection et validation avec des parties tierces permet de détecter les non-conformités beaucoup plus tôt, évitant ainsi les découvertes tardives et coûteuses au moment de la livraison.
  • Piloter avec des indicateurs simples : Mettre en lumière les temps de cycle permet de repérer les blocages alors qu'il est encore temps d'agir, plutôt que de se retrouver face au mur à l'échéance.
  • Donner de l'autonomie aux équipes : En surveillant ces indicateurs dans des instances dédiées et décentralisées, les équipes règlent les problèmes à leur niveau. Cela libère d'autres ressources qui n'ont plus à intervenir à chaque imprévu.

Cette structuration permet de transformer le "travail en réaction" en une dynamique plus coopérative, sereine et prévisible.

Conclusion

Minimiser le rework est possible en mettant en place une cadre structuré, formalisé et accepté par tous. Cette organisation ne s'improvise pas, elle se construit par étapes successives. Pour reprendre l'analogie du sport : c'est l'entraînement, la pratique et l'ajustement régulier qui permettent de consolider des acquis et de pérenniser les performances.

Je peux vous aider à observer vos propres flux de travail (workflows) pour identifier les leviers et les freins à votre efficacité. Ce premier état de l'art est la clé pour repérer les fuites de valeur et engager une trajectoire de résilience opérationnelle.

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Jonathan Coll 26 janvier 2026
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